Christianophobie

La pièce « sur le concept du visage du Fils de Dieu » de Castellucci est-elle blasphématoire ?

Définitions

Le Larousse définit le blasphème comme « une parole ou discours qui outrage la divinité (Dieu), la religion ou ce qui est respectable ou sacré ».

Ce même dictionnaire définit ainsi le sacrilège : Profanation à l’encontre d’une personne, d’une chose ou d’un lieu officiellement consacrés au service de Dieu. Atteinte portée à quelqu’un, à quelque chose particulièrement digne de respect.

Le mot blasphème est employé pour l’outrage par le langage, le mot sacrilège pour l’outrage par l’action.

Les différents types de langage entrainant différentes sortes de blasphèmes

Ce langage outrageant peut se faire par les mots, mais aussi par l’image (Charlie hebdo), par la filmographie (dernière tentation du Christ), par le théâtre (concept sur le visage du Fils de Dieu), par l’art pictural (piss Christ), par l’exhibition sexuelle dans des lieux sacrés, la dégradation et la destruction (femen vandalisant les cloches de ND de Paris, abattant la grande croix commémorative à Kiev, ou Daech abattant les croix sur les église chrétiennes en Syrie).

Le langage blasphématoire peut être utilisé de façon directe, insultante, insolente (comme dans Golgotha picnic) ; ou plus subtile, un brin déguisée sous l’apparence de réflexion (comme dans le concept sur le visage du Fils de Dieu).

Ne pas être dupes : Le blasphème est une arme

« L’éloge du blasphème » écrit par la très contestable Caroline Fourest, nous éclaire sur le véritable but et la stratégie choisie par les militants antichrétiens :

« on se sert du blasphème pour défier les tabous comme les puissants, les rois comme les dieux » : le blasphème – sous quelque forme qu’il soit – est entre leurs mains un instrument, une arme de guerre idéologique ; ils veulent ainsi désacraliser tout ce qui est sacré, démythifier ce qui a leurs yeux est un mythe (mais on ne s’investit pas avec tant d’énergie et de haine contre un mythe !). Ecoutons-la : « il en a fallu des combats, des mots affûtés et des caricatures outrancières, contre les prêtres et contre Jésus ». Le blasphème sert à discréditer l’adversaire dans l’opinion publique, et lorsque sa défense est disloquée on va attaquer : « la désacralisation vise à négocier un nouveau rapport de force permettant la laïcité » dit-elle. Il faut ridiculiser les gens qui ont la foi, ou les faire passer pour des fanatiques et des obscurantistes, afin qu’ils ne défendent plus leur religion. L’idéal est de pousser les responsables religieux à déprécier eux-mêmes ceux qui, dans leurs rangs, dénoncent le blasphème.

Nous sommes affligés, nous, étudiants catholiques, de voir certains évêques tomber dans ce piège :

Mgr d’Ornellas dit à propos de cette pièce sur le concept du visage du Fils de Dieu : « Tout d’abord, il est clair qu’il n’y a pas de christianophobie dans cette pièce de théâtre. […] Les mises en scènes choisies par Castelluci sont provocantes. (…) Au premier abord, ce geste des enfants qui lui jettent des grenades apparentes est très (trop ?) provocant. Il exige un surcroît de réflexion pour que soit déchiffré ce qu’a voulu dire l’auteur. […]  Ne nous trompons donc pas de combat en luttant contre une christianophobie à laquelle on veut nous faire croire. Manifester contre Castelluci est une erreur de perspective. »

L’archevêque de Rennes se fait ainsi le meilleur allié de ceux qui instrumentalisent le blasphème pour déprécier l’image du Christ dans les consciences…

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Réaction de Mgr Centène, évêque de Vannes, au sujet de la pièce de Castellucci « sur le concept du visage du Fils de Dieu »

Lettre de Mgr Centène :

« Monsieur, J’ai bien reçu votre courrier daté du 30 septembre courant concernant les spectacles blasphématoires «Golgota picnic» et «Sur le concept du visage du Fils de Dieu».

Comme vous le faites justement remarquer, les manifestations soi-disant culturelles et artistiques attaquant le Christ et son Eglise sont en hausse constante. A l’heure où, en de nombreux pays, les chrétiens subissent, au seul motif de leur foi, de multiples vexations quand leur vie n’est pas tout simplement mise en péril, il me semble effectivement nécessaire de réagir avec fermeté. C’est la raison pour laquelle nous avons organisé, le 19 février dernier, une marche silencieuse en hommage et soutien aux chrétiens du Proche et Moyen-Orient qui subissent, dans l’indifférence quasi-générale, la haine contre Notre Seigneur Jésus Christ et ceux qui cherchent, jour après jour, à mettre leurs pas dans les Siens. C’est aussi pour cela que s’est tenu, le 15 octobre dernier, un colloque mis en place avec l’aide de plusieurs associations présentes sur le diocèse, sur la persécution des chrétiens et le sens du martyre. Alors que nos frères, en de nombreux endroits, font face avec courage et détermination pour maintenir le trésor de la foi malgré le danger, je ne peux que soutenir toute action visant à défendre, avec charité et fermeté, l’honneur du Christ et de l’Eglise. Je félicite et j’encourage tous ceux qui, en cohérence avec leur foi, n’hésitent pas à agir publiquement, et qui, bien que n’usant pas de violence, aussi bien verbale que physique, sont emmenés par les forces de police et placés en garde à vue, alors qu’ils manifestent, en toute justice, leur désapprobation face à des spectacles dont l’ignominie dépasse l’entendement même. »

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Réaction de Mgr Brincard, évêque du Puy, au sujet de la pièce de Castellucci

 

Mgr Brincard, évêque du Puy-en-Velay, propose un éclairage à propos des évènements et des réactions qui ont marqués la présentation de la pièce « Sur le concept du visage du fils de Dieu » de Roméo Castellucci à Paris.

Il n’est point nécessaire d’avoir vu la pièce de Roméo Castellucci pour dire que sa seule lecture amène à s’interroger sur la notion de culture et, partant, sur ce qu’il faut entendre par « liberté artistique ».
Pour ma part j’estime que la pièce de Castellucci est – et je pèse mes mots – violente, pénible et inutilement provocante.

Pour un croyant – et c’est une évidence – Jésus n’est certes pas un « concept » mais le « Témoin fidèle, le Premier né d’entres les morts, le Chef des rois de la terre » (Apocalypse 1). C’est dire que la relation personnelle avec Jésus est notamment celle de la foi, de l’adoration aimante, du service des plus petits et des plus pauvres en lesquels « le Témoin fidèle » veut être servi avec prédilection.

Comment ne pas être profondément atteint par une pièce de théâtre dont certaines scènes dépassent l’entendement et, par voie de conséquence, le supportable ? Pour atténuer le scandale il ne suffit pas de dire que les intentions de l’auteur sont bonnes ni même que certaines clés de compréhension permettent de faire des découvertes apaisantes.

L’art véritable est un langage dont la clarté rend le beau accessible à tous. L’art qui aide l’homme à être plus conscient de sa dignité est un art au service de la splendeur du vrai et de la beauté du bien. Lorsqu’il est chrétien, un tel art sait montrer comment en Jésus, Dieu tire d’un drame « un effet sublime d’amour ».

Faut-il le rappeler, il y a des libertés « liberticides »… l’art n’y trouve certes pas son compte. Par ailleurs, affirmer que « foi et culture » ont des liens profonds et nécessaires relève de l’évidence. Ces liens font l’objet d’heureux approfondissements, en particulier par des enseignements magistériels d’une grande richesse. Il arrive aussi – et je ne suis pas le seul à le déplorer – que la relation intrinsèque entre foi et culture donne parfois lieu à des développements hasardeux justifiant par des arguments spécieux l’injustifiable.

Je pose à présent deux questions :

  • La pièce de Castellucci fait-elle partie d’une culture qui élève l’homme et donc nous humanise ?
  • Cette pièce de Castellucci aide-t-elle le croyant chrétien à avoir un regard plus profond sur « Celui qui nous aime et nous a lavés de son sang » ?
    Même après avoir lu les déclarations de Catellucci, je ne parviens pas à répondre positivement à ces deux questions.

A présent, un mot au sujet des jeunes qui ont manifesté à l’occasion des représentations à Paris de la pièce intitulée « Sur le concept du visage du Fils de Dieu ».
La plus élémentaire objectivité exige de distinguer entre ce qui s’est passé à l’intérieur du théâtre et ce qui s’est passé à l’extérieur. Le temps m’étant mesuré je ne parlerais que des manifestations dans la rue.
En m’appuyant sur de nombreux témoignages et sur les observations d’une journaliste appartenant à l’équipe d’un grand journal parisien, je ferai les remarques suivantes :

C’est aller trop vite en besogne de penser que les manifestants dans leur ensemble appartenait à des groupes de fanatiques ou à des groupes ayant des relations tumultueuses avec l’Église de Dieu qui est en France. En réalité, un nombre non négligeable de manifestants appartenaient aux réseaux nés des « Journées Mondiales de la Jeunesse ». Dans la rue, à quelques exceptions près, les jeunes ont manifesté paisiblement. Beaucoup d’entre eux ont même adopté des attitudes de prière exprimant leur peine, leur « désarroi intérieur », leur angoisse et enfin leur espérance. Alors je pose la question : « Depuis quand dans un État de droit, de telles manifestations sont-elles interdites ? » Quant à l’Église, ainsi que nous l’a dit le président de notre conférence : « Il faut entendre les questions des jeunes ».

D’importantes forces de l’ordre ont été mobilisées pour réprimer une manifestation pacifique. Pourquoi tant de forces de l’ordre ? Pourquoi tant de gardes-à- vue dont certaines ont duré près de 48h ? Un avocat a dressé une liste impressionnante d’illégalités commises au cours de ces gardes-à-vue. Cette liste est-elle exacte ? Quoiqu’il en soit, plusieurs policiers et CRS se sont étonnés d’avoir été mobilisés en si grand nombre.

Ma conclusion sera celle-ci : rassemblés devant un théâtre parisien au cœur d’un douloureux problème, ces jeunes m’ont fait penser à un « troupeau sans pasteur », un troupeau ayant le sentiment d’être laissé à lui-même, voire abandonné. Ce constat m’interroge personnellement : « Comment guider ces jeunes par de sages conseils ? » « Comment les apaiser ? » « Comment éclairer leur courage par de judicieux accompagnements ? »

Une chose est certaine : les « sweeping statements », comme on dit en anglais, ne sont d’aucune utilité. Autrement dit, des amalgames regrettables ont parmi leurs effets nuisibles celui d’engager les jeunes sur des chemins semés de périls.

 

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